EXTRAITS DU TEXTE
" Sporadiquement, les kibboutzniks commencèrent à disparaître de la piste et s’éloignèrent de la lumière artificielle pour s’enfoncer dans la nuit. La fête dansante tourna en débauche sur la plage. Je pus apercevoir de nombreux couples çà et là qui se livraient à des ébats amoureux et qui se faisaient et se défaisaient au gré des rencontres : la multiplication des partenaires était normale en ce jour. Le lieu le plus original pour ces effusions fut la mer. On me raconta après coup que deux frères avaient eu successivement des relations sexuelles avec la même fille. On peut y voir une forme d’inceste par personne interposée. Comme toutes les autres activités, le sexe, lui aussi, se pratique en groupe. C’est une des spécificités de la vie au kibboutz. " (2ème partie, chapitre I)
" La commémoration eut lieu dans le réfectoire. L’atmosphère fut au deuil tout au long de la journée. Tout le monde était affligé et portait le masque de la tristesse. Il faut dire à ce propos que Yedidout à été fondé en partie par des rescapés des camps de concentration. A l'entrée de la pièce, il y avait un panneau mobile en noir et blanc représentant un garçon en pied ,aux traits déchirés, et qui portait une étoile jaune. Seule l'étoile était en couleur. Cette affiche était extrêmement pathétique. Le soir, la cérémonie commença par une musique grave jouée par les jeunes scolarisés. Il y eut des discours et des témoignages. Il y avait beaucoup de monde, dont de nombreuses personnes âgées venant de l’extérieur. Puis, fut lu un poème par un jeune d’environ 14 ans dont l’innocence et la grâce contrastaient avec l’aspect tragique de l’évocation. Il disait :" Dieu où étais-tu pendant que nos enfants criaient dans les camps, Dieu où étais-tu ?Dieu où étais-tu pendant que nos enfants mouraient dans les camps, Dieu où étais-tu ? " " (2ème partie, chapitre I)
" Les membres de Yedidout, d’après la thèse du réfectoire comme un troisième temple, se positionnent dans une démarche volontaire d’accompagnement à l’accomplissement de l’ère messianique. Ils ont réalisé les conditions sociales d’une société utopique qui tend à l’harmonie, la justice et la paix. Par l’homme, par une construction sociétale, par l’élaboration d’un troisième temple, ils ont réuni tous les éléments d’une nouvelle ère messianique. Avec les kibboutzniks le sujet de tension avec les palestinien concernant le parvis de l’ancien Temple, actuellement la mosquée, n’a pu lieu d’être. " (3ème partie, chapitre II)
" L’interprétation, c’est pour moi le passage du réalisme quotidien au symbolisme. Elle fait appel au sensible, à l’imaginaire, à la création et permet de transformer des éléments concrets en données constructives conduisant à un univers libre de toutes contraintes. L’interprétation utilise divers stratagèmes conjointement ou indépendamment les uns des autres. Elle emprunte une structure à laquelle est insufflé un nouveau sens ou un sens transformé, elle modifie ou ajoute des éléments rituels ou du texte, elle modifie le lieu, elle supprime certains éléments rituels ou du texte, elle déplace les répartitions des rôles homme-femme, elle intervient dans l’ordre des générations. " (3ème partie, chapitre I)
" Je suis pour une ethnologie de l’imprégnation qui passe par l’oubli de soi et l’investissement dans un autre. " (Avant-propos)